La course mystérieuse qui pourrait changer le visage de la politique fédérale canadienne

Louis-Philippe Bateman


Alors que le spectre du déclenchement d’une nouvelle élection fédérale hante les rêves de tous les députés du Parti libéral du Canada, et que les conservateurs viennent d’élire un nouveau chef, une course à la chefferie bien moins médiatisée que celle des torys a lieu. Elle est toute aussi intéressante que cette dernière. C’est celle du Parti vert du Canada, basée sur des politiques environnementales et progressistes.


Depuis le départ de leur chef, les verts sont à la recherche d’un nouveau chef digne de ce nom. Après tout, il faut souligner que Elizabeth May, qui dirigea le parti de 2006 à 2019, fit métamorphoser le Parti vert : ce dernier passa d’un petit parti oublié à un parti majeur en l’espace de quelques années.


Sept candidats se sont proposés pour remplacer Mme May soit : Annamie Paul, David Merner, Amita Kuttner, Glen Murray, Dimitri Lascaris, Meryam Haddad, Andrew West et Courtney Howard.


À date, la candidate favorite semble être Annamie Paul. Devenue la chouchoute de Mme May depuis que celle-ci lui a publiquement donné son appui (en générant une petite controverse en même temps), Mme Paul a un CV très impressionnant : avocate, experte en affaires internationales, fondatrice de deux OBNL, ex-employée de divers organismes internationaux, entrepreneure sociale, quadrilingue, récipiendaire du Prix Harry Jerome, et bien plus encore. Ses talents d’oratrice sont aussi à envier. En plus, étant la fille d’immigrants caribéens, Mme Paul serait la première femme noire à mener un parti politique fédéral principal au Canada. Cet aspect de sa personne pourrait la rendre plus attrayante aux électeurs souhaitant plus de diversité dans leur gouvernement.


Ensuite, il y a David Merner, qui peut se vanter d’avoir plus de 30 ans d’expérience au gouvernement, en législation et en activisme politique. Il a également servi comme conseiller aux ministres dans de nombreux gouvernements et a travaillé dans diverses organisations gouvernementales au cours de sa carrière. Ce parcours avantage assurément M. Merner en ce qui est de l’expérience. Bien qu’il n’ait jamais été élu (comme tous les autres candidats), M. Merner peut dire qu’il a terminé second dans la course de sa circonscription en Colombie-Britannique : Esquimalt-Saanich-Sooke, avec 26 % du vote populaire.


Amita Kuttner (iel) est un candidat très intéressant dont le parcours est très rapproché à la science. Cette personne détient un doctorat en astronomie et en astrophysique et a beaucoup d’expérience en ce qui a trait avec la recherche et la science au Canada. Cette personne a également beaucoup d’expérience quant au développement de politiques avant-gardistes, notamment sur la sécurité des nouvelles technologies et l’intelligence artificielle, lui donnant une vision hors pair pour l’avenir du Canada. Mis à part le fait que ce candidat s’identifie comme étant non-binaire (ce qui ferait de cet individu le premier à avoir ce statut en tant que chef d’un parti principal), Amita Kuttner a l’avantage d’avoir eu une éducation scientifique, lui donnant beaucoup de crédibilité pour développer des politiques basées sur la science.


Glen Murray est possiblement le candidat avec l’expérience politique la plus importante parmis tous les autres candidats. Bien qu’il soit né à Montréal, il a passé une partie importante de sa vie politique à Winnipeg au Manitoba, ville dans laquelle il fut conseiller municipal pendant neuf ans, puis maire de la ville pendant six ans. Il s’essaya aussi comme candidat au parti libéral du Canada dans la circonscription Toronto Centre. L’expérience de M. Murray est une lame à double tranchant. Bien qu’il puisse se vanter d’avoir exercé une fonction de dirigeant en politique, son passé libéral pourrait aliéner certains électeurs verts qui préfèreraient ne pas avoir de lien avec les rouges.


Dimitri Lascaris a eu beaucoup d’expérience comme avocat. Il a travaillé dans de nombreux comités, surtout en Ontario, et s’est présenté comme candidat vert dans la circonscription fédérale de London Ouest en 2015. M. Lascaris est aussi un correspondant pour le Real News Network, un site de nouvelles qui traite de plusieurs enjeux mondiaux. Les politiques de M. Lascaris touchent beaucoup à l’économie. Ceci pourrait être un avantage pour lui, surtout s’il venait finalement à être chef, puisqu’un des reproches souvent faits au Parti vert est celui d’être économiquement irréaliste.


Meryam Haddad est une candidate qui représente l’aile plus socialiste du parti. D’origine syrienne et lesbienne, cette candidate est très bien positionnée pour connaitre et comprendre les enjeux qui touchent les minorités au Canada. D’ailleurs, plusieurs de ses politiques touchent aux minorités, à la diversité et à l’inclusivité. Également, Mme Haddad est partisane de l’abolition de la police, une politique très controversée qui pourrait autant l’avantager que la désavantager, dans le climat politique actuel. Mme Haddad risque d’être une candidate polarisante à cause de ses idées. Il est difficile de prédire, toutefois, si les électeurs verts accepteront ce virage à gauche.


Andrew West est probablement le candidat le plus à droite dans cette course. Étant modéré, il cherche réellement à courtiser des conservateurs et autres personnes plus droitistes sous le thème commun de l’environnement. Ceci étant dit, M. West a été impliqué dans de nombreuses organisations avec des buts sociaux et environnementaux davantage alignés avec les idées du parti. M. West est un candidat idéologiquement atypique. Ses idées sont quasi-inédites dans le parti vert moderne. Peut-être est-ce la bonne manière par laquelle les verts remporteront l’élection prochaine.


Courtney Howard est physicienne de formation dans les Territoires du Nord-Ouest. Ses expériences touchent, de fait, surtout au domaine de la santé, mais également à l’environnement. Elle fait partie de nombreuses associations, comités et conseils exécutifs et possède beaucoup d’expérience dans le domaine de la santé mondiale. Sa campagne axée sur la santé pourrait lui être utile, surtout en temps de pandémie. Cependant, les électeurs pourraient se la représenter comme étant une candidate avec un seul volet.


Plus le temps avance, plus la course à l’investiture verte s’intensifie. La liste de membres du parti a doublé, atteignant 35 000 personnes, un signe que plusieurs personnes veulent avoir leur mot à dire dans le choix du candidat ou de la candidate. Et, bien que les verts n’aient que tout récemment été invités aux débats télévisés fédéraux, ceux-ci pourraient être de véritables Jokers aux prochaines élections. La crise écologique s’exacerbe et ses effets se font de plus en plus visibles. De vastes mouvements de contestations sociales prennent naissance. La jeune génération des Zoomers arrive en âge de voter.


Actuellement, Annamie Paul est en première place pour gagner avec 24 appuis de délégués. En seconde place se trouve Dimitri Lascaris avec 15 voix et en troisième place, Amita Kuttner avec 14 voix.


Toutefois, le futur reste incertain. Le parti prendra-t-il un virage plus à gauche, en devenant plus socialiste et progressiste, ou va-t-il tenter de charmer des électeurs plus centristes, sous la bannière commune de l’environnement? Va-t-on voir apparaître un clone du NPD ou un entre-deux entre ce dernier parti et les Libéraux? Aura-t-on un candidat ou une candidate provenant d’une majorité ou d’une minorité dans la société?


Tout cela est à voir… le 3 octobre prochain!


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