CARPE DIEM: Joyeux anniversaire Madame La Terre

Dernière mise à jour : avr. 26

Par Tomie Pépin



2020

Chère Madame la Terre,


Aujourd’hui, c’est ton anniversaire, comme chaque humain que tu portes a le sien. En cette journée spéciale, je souhaite te remercier. Te remercier pour tout ce que tu nous apportes. Pour cette eau pure qui nous permet autant de nous hydrater que de produire de l’électricité. Merci pour cette terre fertile que tu nous donnes, qui procure des emplois à des milliers de personnes et qui nous permet de remplir nos ventres. Merci pour cet air produit par les arbres que tu portes! Cet air qui nous permet de respirer au gré des battements de nos cœurs et qui nous permet de vivre des moments inoubliables avec les personnes que nous aimons. Je sais que bien des gens oublient de te remercier. Moi aussi, parfois, je t’oublie!


Cette année, j’espère qu’elle sera différente pour toi! Qu’elle sera pleine de bonnes actions pour ta santé, car je sais que tu commences à être malade. Cette année plus que les autres, je t’ai entendue, j’ai vu et j’ai vécu ta détresse. L’année qui suit sera différente. Je ne vais pas me contenter d’écouter tous tes cris, je vais te soigner, car tu nous donnes la vie. Pour cette nouvelle année, je vais marcher davantage et laisser de côté mon automobile. Je vais veiller à manger toute la nourriture pour ne pas faire de gaspillage. Je vais réutiliser tout ce que je peux encore utiliser pour éviter la surconsommation. Je vais faire attention au suremballage à l’épicerie, je vais tenter de donner une deuxième vie à toutes ces choses que tu m’as permis d’avoir et je vais utiliser l’eau de pluie pour arroser mes fleurs plutôt que de prendre l’eau que nous pouvons boire.


Chère Terre, cette année, je t’ai écoutée et je vais changer, car c’est à TON tour de te faire soigner.


Ta fervente défenderesse


2021

Chère Madame la Terre,


Puis-je te faire une confidence? J’espère que je ne te vexerai pas… Tu sais, ces promesses que je t’ai faites l’an passé? Ces jolis mots que je t’avais écrits avec tant de sincérité? Ces belles résolutions que je pensais adopter dans mon quotidien? Je crains ne pas avoir pu toutes les respecter…


Lorsque je t’ai écrit une lettre en 2020, je ne savais pas que cette année serait ainsi. Personne ne le savait. Tous croyaient encore en la beauté et la bonté de ce monde. Seulement, notre quotidien a été complètement chamboulé par cette crise sanitaire dont tu ne connais que trop bien le nom. À cause de tous ces chamboulements, de tous ces changements, de ces adaptations, nous t’avons oubliée. Nos priorités ont complètement changé.


Madame la Terre, me permets-tu de te faire une autre confidence? Nous avons été égoïstes toute l’année; trop occupés à prévoir l’autre vague et la suivante. Ici, je ne parle pas d’une vague de ton immense océan, mais bien d’une plus grande propagation du virus dans la communauté. Pendant ces instants, nous arrêtions de vivre. Confinés. Enfermés. Emprisonnés. Pendant ces moments-là, je me posais la même question en boucle. Mais de qui cela peut bien être la faute? Contrairement à la majorité qui ont préféré se taper les uns sur les autres, moi, j’ai pensé à toi. Ne m’en veux pas, mais j’ai cru en un message indirect de ta part. Un message pour nous faire comprendre combien tu te sens mal lorsque nous t’oublions. Un message qui nous a rappelé que la vie est précieuse et que chaque seconde compte.


Ne m’en veux pas, je t’en prie, mais laisses-moi te poser une question. À quoi as-tu pensé? Car bien que je ne puisse me résoudre à cette conclusion, tu es la seule et l’unique détenant tous les pouvoirs nécessaires pour créer un tel chaos. Tu détiens les ficelles des marionnettes que sont nos vies. Si sincèrement tu pensais que nous allions enfin nous réveiller et penser à ta santé, je suis désolée de te l’annoncer, mais tu t’es mise le doigt dans l’œil. Comme toi, nous avons été surpassés par notre instinct de survie. C’est d’ailleurs pour cela que je ne t’en veux pas, car toi aussi, tu as un instinct de survie qui t’a poussée à agir de la sorte.


D’un côté, je ne peux pas dire que ton action n’ait eu aucun effet. La pollution en Chine a diminué pendant quelques semaines, peut-être même quelques mois. Tu rends notre société folle : les dépressifs sont encore plus pris dans leur dépression, les enfants apprennent à mentir pour avoir une chance de voir leur grands-parents, les adolescents sont contraints à ne pas voir leurs amis jusqu’à en devenir fous, les jeunes adultes ont été lancés dans la vie adulte – d’urgence – sans qu’il leur soit permis d’avoir un minimum d’interactions sociales, les aïeux vieillissent sans pouvoir profiter de leurs derniers moments, les adultes font des pieds et des mains pour retrouver leur chemin. Sais-tu ce qui est le pire? C’est qu’il reste encore mille et une autres conséquences de cette pandémie. Bien que nous n’ayons jamais été solidement unis, la société s’est divisée davantage : les anti-masques, les pro-masques et ceux qui sont dans la zone grise de la résilience. Tu as créé une société qui détourne les lois, qui est perdue au point de croire des prophéties, qui devient tellement folle qu’elle en oublie l’essentiel.


Outre notre souffrance, je souhaite demander pardon pour le plaisir que j’ai soutiré de la tienne. Après avoir été privée de toutes les festivités possibles durant une année entière, j’ai été ravie de voir l’été arriver si tôt. J’ai pu y puiser l’énergie qui commençait à manquer pour mes cours en ligne, qui, en passant, vont probablement anéantir ma vue pour l’éternité et la motivation de plusieurs - n’as-tu pas pensé au fait qu’une société éduquée serait plus avantageuse pour toi? Avec l’arrivée de l’été, j’ai retrouvé un semblant de liberté, car le temps était si bon l’été dernier à voir certains amis à distance sous le soleil. J’y ai vu une parcelle d’espoir qui m’a mis un baume sur le cœur et qui m’a rappelé qu’un jour, tout reviendra à la normale, si on peut appeler notre future réalité ainsi. Pardonnes-moi de m’être réjouie de ta douleur, de ton réchauffement climatique. J’aimerais te dire à quel point j’ai été insultée de voir si peu de neige, à quel point j’ai été révoltée par les canicules de l’été dernier, mais te dire ces choses serait te mentir. Ce climat plus facile, plus stable, plus plaisant nous a facilité la vie, a permis à certains de se réchauffer malgré la distance. Pour moi, c’est surtout à Noël, surtout à ce Noël seule sans ma famille élargie que je vois si peu, que j’ai compris pourquoi ces changements climatiques m’affectaient si peu. J’avais tellement mal, je me sentais tellement vide sans ma famille entière. Je me sentais tellement anéantie de ne pas pouvoir voir mes arrière-grands-parents, surtout mon arrière-grand-mère atteinte d’Alzheimer. Cette année, à Noël, j’ai pleuré. J’étais entourée de ma famille proche, ceux de la même adresse que moi, et pourtant j’étais triste, car Noël, c’est les grandes réunions de familles, c’est une des rares occasions où il est possible de se voir tous ensemble. Je me rappelle d’un Noël en particulier, il y a de cela quelques années. Il avait neigé qu’un tout petit peu le 24 décembre au soir, et encore, cela n’était pas répandu à travers le Québec. J’étais triste cette année-là, car un Noël sans neige n’était pas un Noël pour moi. Toutefois, cette année, je n’étais pas triste parce qu’il n’y avait pas de neige. Chez moi, il n’y avait aucune neige au sol. Mon cœur était déjà tellement lourd que je ne pouvais même plus être malheureuse pour toi. Cette année, j’étais triste car à avoir tant perdu, je me suis rendue compte qu’un Noël sans famille était bien pire qu’un Noël sans neige.


Malgré tout, saches une chose Madame la Terre, nous nous relèverons. Certains d’entre nous auront encore une tête sur les épaules après cette crise. Certains d’entre nous recolleront les morceaux brisés de notre humanité. Nous prendrons le temps qu’il faudra pour reconstruire cette confiance en autrui et détruire cette peur de mourir à cause de ce virus. Nous prendrons la seule arme qui vaille réellement la peine : le temps. Nous le prendrons et en ferons bon usage. Ainsi, alors que nous remettrons sur pied la société, nous ne t’oublierons pas et nous prendrons soin de toi aussi, car bien que je n’aie pas respecté toutes mes promesses, j’ai quand même limité mes déplacements et mes achats, j’ai appris à acheter local et j’ai appris à revenir à l’essentiel.


Sur ces espoirs, ces vérités crues, ces révélations choquantes, je te souhaite un joyeux anniversaire!


Une défenderesse optimiste


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